Boutons de deuil

Tradition du deuil - culture, vêtements, bijoux et boutons de deuil

 

Bouton de deuil des années 50 (matière synthétique)
Boutons de deuil en jais période 1870 - 1940

Les vêtements de deuil comme travestissement

De tout temps, déjà chez les peuples primitifs, il était d´usage de se vêtir autrement après la mort d´un proche, un voile couvrant parfois le visage. Ce n´était pas tant une expression d´affliction qu´un travestissement destiné à détourner l´attention de l´âme qui s´en allait et conjurer les esprits en se confondant avec eux.

 

Le blanc conjurateur

Le blanc était à l´origine la couleur du deuil en Europe pour cette raison. Un esprit ou ´fantôme´ n´était-il pas aussi une apparition nimbée de blanc. Le blanc est resté la couleur qui protège des esprits et l´expression d´un deuil profond. Le temps que l´on pensait nécessaire au passage de l´âme dans l´au-delà déterminait la période de deuil. Arrivée au terme de son voyage, il n´y avait plus rien à craindre, se dissimuler n´était donc plus nécessaire.

 

Du blanc au noir

C´est Anne de Bretagne qui en 1498 choisit le noir pour porter le deuil de son époux, le roi de France Charles VIII, ce qui devint vite l´usage. Les costumes de deuil changeaient au gré de la mode, ils étaient aussi très différents d´une région à l´autre.

 

Les règles du deuil

Les marques de deuil reconnaissables et admises par tous favorisaient le travail de deuil. Elles se retrouvaient surtout dans les vêtements, que l´on portait durant une période déterminée en fonction du degré de parenté. Du petit peuple à la cour, le deuil obéissait à des règles strictes. Les conventions, devenues tradition, marquaient les différences de classe sociale.

 

La reine Victoria

La culture du deuil, notamment en ville, atteint son apogée dans la seconde moitié du 19ème siècle, dont les codes vestimentaires et les conventions sociales sont fixés jusque dans les moindres détails. La reine Victoria en fut une figure majeure. Au décès de son mari le prince Albert en 1861, la reine d´Angleterre ordonna à son peuple de porter le noir en signe de deuil. Une pratique ensuite largement suivie en Europe et aux états-Unis.

 

Jais et verre

Une grande attention était portée dans les milieux aisés aux vêtements de deuil féminins. Les magazines féminins, comme le numéro du magazine hollandais ´De Gracieuse´ du 15 avril 1879, donnaient le goût du jour en matière de vêtements de deuil qui comme les vêtements ordinaires, suivaient la mode. Les boutons étaient mats ou brillants selon la gravité du deuil. Les plus jolis – et les plus chers – étaient en jais, une variété de lignite employée dans l´un des nombreux ateliers de Whitby (Grande-Bretagne) pour la fabrication de boutons, perles et bijoux. Le verre poli teint en noir (faux jais ou jais du pauvre) et le caoutchouc durci moulé en diverses formes formaient une alternative plus abordable.

 

Grands magasins spécialisés dans les articles de deuil

Des marques de lessive aux épingles, en passant par les mouchoirs et les chaînes de montre, les accessoires n´échappaient pas non plus à la règle du noir. Les guides de l´étiquette le soulignait « attention, le monde est particulièrement sévère en matière de deuil `Une quelconque omission fera grand bruit`. Quelques grands magasins, qui font leur apparition, se spécialisent dans les vêtements et les accessoires de deuil. Aux Pays-Bas, peu de gens possédaient un costume de deuil, ils le louaient, également pour les porteurs du cercueil.

 

Du costume de deuil au brassard noir à rien

Les vêtements de deuil se portent moins après la Première Guerre mondiale (1918). Surtout pour les hommes, il était de plus en plus difficile en ville de s´habiller totalement de noir, comme le voulaient généralement les conventions, pendant un an ou six à huit semaines. Il n´était pas possible par exemple, pour les militaires et dans d´autres fonctions publiques de porter le deuil. Un brassard noir glissé sur le bras gauche ou un losange d´étoffe cousu sur la manche gauche ou le chapeau ou casquette pour la durée du deuil devint l´alternative. Dans la seconde moitié du 20ème siècle, le port du deuil tombe en complète désuétude, à de rares exceptions près.

 

21ème siècle : pouvoir exprimer sa souffrance

Avec la disparition des marques de deuil ont aussi disparu les marques d´attention pour ceux qui traversent la souffrance de la perte d´un être cher. Les rituels funéraires connaissent depuis quelques temps un renouveau. Avec le bouton de deuil, le besoin aussi d´exprimer sa souffrance peut être à nouveau rendu visible.

 

 

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